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Tendinopathie : pourquoi ce n’est (presque) jamais une tendinite 🦵

30 sept.
5 min de lecture



Dans le langage courant, on parle facilement de « tendinite » pour désigner n’importe quelle douleur de tendon. Le terme est tellement ancré qu’on l’utilise même en cabinet, par habitude.


Et pourtant, cette appellation est, dans l’immense majorité des cas, inexacte.


Le suffixe « -ite » désigne en médecine une inflammation : une gastrite, c’est l’estomac qui s’enflamme ; une bronchite, ce sont les bronches. Or, quand on a étudié au microscope des tendons douloureux depuis plus de vingt ans, on a découvert quelque chose d’assez surprenant : dans la grande majorité des tendinopathies chroniques, il n’y a que très peu, voire pas du tout, de cellules inflammatoires présentes dans le tissu.


Ce qu’on observe, c’est autre chose : une désorganisation structurelle du tendon lui-même.


D’où le terme plus juste de « tendinopathie », qui signifie simplement « pathologie du tendon », sans présumer de son origine.


Comprendre cette nuance n’est pas qu’une question de vocabulaire. Elle change complètement la façon dont on doit prendre en charge la douleur et explique pourquoi certains traitements qui semblaient logiques — glace, anti-inflammatoires, repos strict — ne fonctionnent souvent pas très bien sur la durée.



Le tendon, un câble vivant sous tension permanente 🧬


Pour comprendre ce qui se dérègle, il faut d’abord comprendre ce qu’est un tendon.


C’est une structure fibreuse, essentiellement composée de collagène de type I, organisé en faisceaux parallèles extrêmement résistants.


Sa fonction est simple mais cruciale : transmettre la force générée par le muscle jusqu’à l’os, pour créer le mouvement.


Un tendon n’est donc pas un câble passif et inerte. C’est un tissu vivant, peu vascularisé, qui se renouvelle en permanence grâce à des cellules appelées ténocytes.


Ces cellules perçoivent les contraintes mécaniques auxquelles le tendon est soumis et ajustent en conséquence la production de collagène. C’est ce qui permet à un tendon de s’adapter progressivement à l’entraînement, un peu comme un muscle qui se renforce — mais avec un métabolisme beaucoup plus lent, car le tendon est bien moins irrigué en sang que le muscle.


C’est précisément ce détail qui explique une bonne partie des problèmes :

quand la sollicitation dépasse la capacité d’adaptation du tendon, sa réparation ne suit plus.



Le mécanisme : quand la charge dépasse la capacité de récupération



Le modèle aujourd’hui très utilisé pour décrire la tendinopathie est celui du « continuum », développé par les chercheurs Jill Cook et Craig Purdam.


Il décrit trois stades qui peuvent s’enchaîner progressivement.


1. La tendinopathie réactive


Après une surcharge mécanique inhabituelle — reprise du sport trop rapide, augmentation brutale du volume d’entraînement, changement de terrain — le tendon réagit en gonflant légèrement.


Les ténocytes produisent davantage de protéines qui retiennent l’eau, notamment des protéoglycanes, ce qui épaissit temporairement le tendon et peut contribuer à mieux répartir la charge.

À ce stade, le phénomène est potentiellement réversible : avec un ajustement de la charge, le tendon peut revenir vers un état plus normal.


2. Le remaniement raté (« dysrepair »)


Si la surcharge se poursuit sans laisser au tendon suffisamment de temps pour récupérer, ce mécanisme de protection peut s’emballer.

La matrice de collagène commence alors à se désorganiser : les fibres, normalement bien alignées et parallèles, deviennent plus désordonnées.


De petits vaisseaux sanguins et des fibres nerveuses peuvent également apparaître dans des zones qui en contenaient normalement peu. Ces modifications sont susceptibles de participer aux mécanismes de douleur.


3. La tendinopathie dégénérative


À un stade plus avancé et plus chronique, certaines zones du tendon perdent durablement leur structure normale.

Le collagène de type I, solide et organisé, peut être partiellement remplacé ou accompagné par un tissu davantage désorganisé, notamment avec une proportion accrue de collagène de type III.


Ces zones dégénératives disposent d'une capacité de réparation limitée.


C’est notamment dans ce contexte que le risque de rupture peut augmenter.


Un même tendon peut présenter plusieurs stades à la fois


Un tendon n’évolue pas nécessairement de façon homogène.


À un même moment, il peut présenter une zone réactive à côté d’une zone plus dégénérative.


Cela contribue à expliquer pourquoi l’imagerie peut parfois être difficile à interpréter et pourquoi la clinique — histoire du patient, symptômes, palpation et tests fonctionnels — reste essentielle en complément de l’échographie ou de l’IRM.





Pourquoi ce n’est (généralement) pas une inflammation 🔍


Il existe bien une composante inflammatoire au tout début de certains processus, notamment dans la phase réactive ou après un traumatisme direct, comme une déchirure aiguë.


Mais dans la tendinopathie chronique, celle qui évolue depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois, les analyses histologiques montrent généralement peu de cellules inflammatoires classiques.


Ce qui domine est plutĂ´t :


  • la dĂ©sorganisation de la matrice tendineuse ;

  • des modifications de la composition du collagène ;

  • des modifications cellulaires ;

  • la prĂ©sence de petits vaisseaux et de fibres nerveuses dans certaines zones.


C’est une des raisons pour lesquelles les anti-inflammatoires, bien qu’ils puissent parfois soulager la douleur à court terme, ne constituent pas à eux seuls un traitement permettant de restaurer durablement la capacité du tendon.


Le véritable enjeu est plutôt de restaurer progressivement la capacité du tendon à supporter la charge.


Cela passe notamment par un travail progressif en charge, avec des exercices de renforcement adaptés — par exemple des contractions lentes sous tension et, selon le contexte, du travail excentrique.



Le principe clé : le tendon a besoin d’une charge adaptée. Trop peu de charge peut entretenir son déconditionnement ; trop de charge peut entretenir les symptômes.


Les complications possibles ⚠️


Lorsqu’une tendinopathie évolue sans prise en charge adaptée, ou lorsque le tendon continue d’être fortement sollicité malgré les signaux d’alerte, plusieurs complications peuvent survenir.


La calcification tendineuse


Dans certaines situations, notamment au niveau de l’épaule, des dépôts de cristaux de phosphate de calcium peuvent apparaître dans le tendon.


La tendinopathie calcifiante évolue elle-même en plusieurs phases — formation, repos puis résorption. La phase résorptive peut être particulièrement douloureuse lorsque l’organisme tente activement d’éliminer les dépôts.


La rupture partielle


Une zone tendineuse fragilisée peut céder sous une contrainte importante, créant une fissure au sein du tendon.

La rupture peut ĂŞtre partielle et concerner seulement une portion des fibres.


La rupture complète


C’est la complication la plus sévère : le tendon se déchire entièrement, entraînant une perte de fonction brutale.

Une rupture ne survient pas nécessairement sur un tendon parfaitement sain. Elle peut se produire sur un tendon présentant déjà des modifications dégénératives, parfois silencieuses jusque-là.


C’est notamment le cas de certaines ruptures du tendon d’Achille ou de la coiffe des rotateurs.


La chronicisation de la douleur


Même en l’absence de rupture, une tendinopathie peut s’installer durablement.

Le tendon peut rester sensible et moins tolérant aux reprises d’activité pendant plusieurs mois, avec des symptômes qui fluctuent en fonction de la charge imposée.






Ce qu’il faut retenir 💪


Une tendinopathie n’est généralement pas un tendon « enflammé » qu’il suffirait de mettre au repos et de calmer avec des anti-inflammatoires.


C’est plutôt un tendon dont la structure et la capacité à supporter la charge ont été altérées, notamment lorsque les contraintes mécaniques dépassent de façon répétée sa capacité d’adaptation.


La bonne nouvelle ?


Le tendon reste un tissu capable de s’adapter.


À condition de lui proposer une charge progressive, contrôlée et régulière, il peut retrouver une grande partie de sa capacité fonctionnelle, même après plusieurs mois de douleur.


C’est tout l’enjeu d’un accompagnement en kinésithérapie :


  • ni le repos total, qui prive le tendon du stimulus mĂ©canique nĂ©cessaire Ă  son adaptation,

  • ni la poursuite d’une activitĂ© inadaptĂ©e, qui entretient une charge excessive,

  • mais un dosage progressivement ajustĂ©, en fonction des symptĂ´mes, des capacitĂ©s du tendon et de chaque Ă©tape de la rĂ©cupĂ©ration.



⚕️ Information importante - Cet article a une visée informative et pédagogique. Une douleur tendineuse persistante mérite un avis professionnel individualisé, notamment afin d’écarter une rupture, une autre cause de douleur ou une situation nécessitant une prise en charge spécifique. La reprise de l’activité doit être adaptée au contexte de chaque personne.

 
 
 

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